Introduction par M. Karmenu Vella

Les investisseurs scrutent les océans pour deux principales raisons.

Tout d’abord, les océans peuvent répondre aux besoins de nos sociétés ainsi qu’aux défis auxquels elles font face. Nous brûlons trop de combustibles fossiles : les vagues peuvent produire 50 % de plus que la consommation d’énergie totale du monde en 2015. Nous serons bientôt à court de terres et d’eau douce pour la production de nourriture : l’alimentation que nous offre la mer ne requiert ni l’une ni l’autre. Nous devons prendre soin d’une population croissante et vieillissante : la vie aquatique, bien plus diverse que la nôtre ici sur terre, peut nous aider à créer de nouveaux produits pharmaceutiques.

Ensuite, nous disposons déjà des avancées technologiques nécessaires pour réaliser ce potentiel. Grâce à de nouveaux matériaux, nous disposons d’équipements capables de survivre à des tempêtes et de résister à la corrosion et à l’encrassement biologique. Des innovations en matière de robotique ont réduit le coût de construction, d’opération et de maintenance d’infrastructures et d’équipements au large ou en profondeur. Et des avancées génétiques nous permettent de comprendre comment la biodiversité unique de nos océans peut être maîtrisée et fournir nourriture, énergie et médicaments à une population de plus en plus nombreuse et exigeante.

Tout cela demande une profonde transformation de la nature même de l’économie bleue, et certains changements sont déjà en cours. Il y a maintenant en mer du Nord plus d’éoliennes que de plates-formes pétrolières. Le marché de l’emploi est en train de se diversifier et voit l’émergence de nouveaux secteurs à côté des filières plus traditionnelles : plus de gens travaillent maintenant dans l’énergie renouvelable offshore que dans l’industrie de la pêche. Et d’autres évolutions sont proches : de nouveaux processus, produits et services sont en cours de développement et d’évaluation en laboratoire, et des start-up, des entreprises jeunes et dynamiques ou depuis longtemps établies ont hâte de les commercialiser.

Lors d’une récente analyse de l’économie bleue européenne, nous avons identifié plus de 400 projets en cours de développement, et ce coup d’œil nous a donné un aperçu de ce à quoi ce secteur pourrait ressembler dans une dizaine d’années. Nous avons vu des cerfs-volants sous-marins, des textiles fabriqués à partir de déchets aquatiques, des hors-bord propulsés par des énergies propres, de l’alimentation pour animaux (et de la viande végétale pour nous) à base de microalgues, de nouveaux matériaux pour la réparation de tuyaux sous-marins, des robots submersibles capables de compter et de classifier des bancs de poissons, et bien plus encore.

Voilà pourquoi l’événement « Blue Invest » que la Commission européenne a récemment organisé et lors duquel certains de ces projets révolutionnaires ont été présentés a attiré des dizaines d’investisseurs, dont certains étaient déjà des leaders du secteur tandis que d’autres souhaitaient y devenir plus actifs.

Beaucoup de ces nouveaux projets ont déjà bénéficié du soutien de l’UE grâce à l’instrument d’appui de PME « Horizon 2020 ». Nous voulons bâtir sur ces bases et, l’année prochaine, nous lancerons un mécanisme d’appui « bleu » afin de permettre à ces entreprises de disposer de plans d’affaires pertinents, de liens avec des fournisseurs et des clients, de la protection de leur propriété intellectuelle et d’une structure de gestion adaptée à leur croissance. Nous cherchons également à appuyer les acteurs publics et privés qui investissent dans des idées capables d’accélérer la transition vers une économie bleue plus propre et moins gourmande en ressources. Nous voulons maximiser l’impact des financements européens en donnant la priorité à des entreprises susceptibles d’attirer d’autres investisseurs. Le Fonds Juncker a déjà financé plusieurs grands projets, notamment des éoliennes et la reconversion d’infrastructures portuaires. Avec la Banque européenne d’investissement, nous cherchons également à mettre en place des mécanismes pour que cette dernière puisse étendre ses garanties à des projets innovants à plus petite échelle.

Il est essentiel que tous les membres de la communauté d’investissements « bleus » communiquent : universités, entreprises, fournisseurs, clients, start-up, accélérateurs, groupes d’entreprises marines, banques, investisseurs, fondations. Le magazine Blue Innovation encouragera cette communication et donnera un coup d’accélérateur à la transition vers l’avenir de l’économie bleue. Je vous souhaite bonne chance à tous .

Karmenu Vella

Commissaire européen à l’environnement, aux affaires maritimes et à la pêche.

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