La filière algues, un levier efficace pour une agriculture et une consommation décarbonées

Olmix Group est une PME bretonne qui réalise un chiffre d’affaires de 155 millions d’euros en 2017, dont 80 % à l’exportation, avec un réseau de 27 implantations mondiales et 800 collaborateurs qui couvrent plus de 100 pays sur les 5 continents.

Blue Innovation. Olmix Group s’est engagé dans la voie des biotechnologies marines depuis sa création en intervenant, notamment grâce aux algues, à différents stades de la production agricole et agroalimentaire. En quoi les solutions que vous proposez sont-elles synonymes d’un changement ?

Hervé Balusson. Notre société est confrontée, collectivement et à l’échelle internationale, à deux défis majeurs que sont la production d’une alimentation de qualité à plus grande échelle pour nourrir une population en croissance et la protection de l’environnement afin d’assurer le renouvellement des ressources. L’utilisation excessive de pesticides et de médicaments suscite des craintes légitimes et nous a amenés, dès la création d’Olmix Group, à valoriser une ressource inexploitée et abondante pour contribuer à une alimentation durable.

Les océans, et en particulier leur biomasse végétale, sont des réservoirs de bioressources renouvelables encore méconnus. Alors que la surface agricole utile (SAU) diminue, les algues ne nécessitent pas de terre arable ou d’eau douce et leurs extraits ont des propriétés biologiques uniques : immunomodulatrices, antioxydantes, anti-inflammatoires, hypolipémiantes, élicitrices, biostimulantes… Ainsi, la recherche et le développement de solutions alternatives naturelles à base d’algues et d’argiles aboutit à la transformation d’un coproduit en produit à valeur ajoutée.

En effet, notre gamme de produits nous permet d’intervenir à tous les échelons de la production alimentaire en réduisant l’utilisation de pesticides dans les cultures, en diminuant le recours aux antibiotiques en élevage et en proposant, in fine, des aliments dont les qualités nutritives, sanitaires et gustatives sont démontrées. En cela, Olmix Group apporte des sources naturelles de nutrition et de santé aux plantes, aux animaux et aux êtres humains afin de construire, grâce aux algues, une démarche globale alimentation-santé s’inscrivant dans une nécessaire transition de notre modèle agricole et alimentaire.

La matière première que constituent les algues semble représenter une ressource renouvelable pour répondre aux enjeux auxquels notre société est confrontée. Quelles sont les voies de développement que vous avez identifiées dans cette perspective ?

Olmix Group poursuit la recherche d’applications nouvelles dans la cosmétique, le biofood – notamment pour remplacer le sel et le sucre – afin de répondre aux attentes des consommateurs. Cela passe également par le développement de produits écoresponsables à partir de la matière première que constituent les algues.
À titre d’exemple, nous travaillons en partenariat avec Algopack au développement de produits à base de bioplastique dans une logique d’économie circulaire où l’algue est valorisée entièrement, des jus à la matière sèche. L’utilisation de cette matière première ouvre ainsi la voie à la conception de très nombreux produits naturels à l’image des emballages biosourcés ou des produits en bioplastique en partie ou totalement biodégradables, avec une réduction immédiate de l’empreinte écologique. Par ailleurs, les caractéristiques mêmes de l’algue, captatrice de carbone, font de sa valorisation un facteur direct de diminution de l’empreinte carbone à travers toutes ses utilisations. Elles permettent de concevoir la transition vers une agriculture décarbonée et une consommation de produits écoresponsables à forte valeur ajoutée.

Afin de porter cette ambition de développement, quels sont les principaux défis qui se présentent à vous ?

Quatre enjeux structurels sont devant nous pour permettre le changement d’échelle de la transition vers un modèle de consommation durable à travers le développement des solutions algo-sourcées. Tout d’abord, la structuration d’une véritable filière de valorisation des algues, associant l’ensemble des entreprises de la production, de la transformation – dans la diversité des secteurs concernés – et de la distribution. L’appropriation par les entreprises et les exploitants agricoles des technologies développées ainsi que le développement partenarial de solutions nouvelles sont des facteurs indispensables. La formalisation d’une filière permettrait de créer cette dynamique collective.

Ensuite, une action concertée entre les acteurs publics et privés. En effet, en tant qu’entreprise, nous pouvons être porteurs de solutions pour les autorités, à l’image du projet de récolte et de valorisation que nous avons proposé pour résoudre le problème des sargasses qui pullulent, notamment dans les Antilles. Nous sommes également un opérateur multisectoriel pour lequel le respect de la réglementation – et donc son évolution par les pouvoirs publics – est primordial. Enfin, l’appui financier des autorités nationales et communautaires est essentiel dans notre développement, et il convient de saluer ce soutien qui nous permet de mettre en œuvre notre ambition.

À cet égard, le troisième enjeu est celui du financement des nouveaux projets, souvent basés sur l’innovation. Nous nous apprêtons à créer un fonds de dotation « BioAlg » qui a vocation à servir d’outil et de levier au développement des acteurs de la filière avec la volonté d’associer le plus grand nombre d’entre eux.

Hervé Balusson

Président d’Olmix Group.

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